<p><strong>PIRE : LA PREMIÈRE BIBLIOTHÈQUE AU SÉNÉGAL</strong></p><p> </p><p>La conscience collective sénégalaise a fini par intégrer l’idée que la connaissance et la recherche ont débarqué dans ce pays avec l'arrivée des colonisateurs. Vraisemblablement, avec un peu de discernement, nous pouvons nous apercevoir que des savants ont longtemps habité cette partie du continent africain. La panoplie de livres disponible sur les sciences religieuses nous suffit comme témoin de cet état de fait. Cependant ce qui va retenir notre attention tout au long de cet article est l’emblème souvent oublié de cette apogée de la connaissance et de la recherche : l’Université de PIRE. Normal qu’elle ait laissé un vide dans nos mémoires puisqu’elle a disparu sous les flammes pour (sciemment ou non) nous laisser croire que nous sommes un peuple inculte et malheureusement cette machination a en partie abouti. Nous allons ressusciter ce symbole qui jadis accueillait ce que ce terroir avait de mieux à offrir en termes d'études, d’enseignements, de manuscrits rares, de connaissances non écrites…</p><p> </p><p><strong>FONDATION : UN ÉTABLISSEMENT VIEUX DE 4 SIÈCLES</strong></p><p> </p><p>L'Université de PIRE se trouve dans l'ancien royaume du Cayor. Elle est actuellement localisée à Pire Goureye à une dizaine de kilomètres de Tivaouane sur la route vers St Louis. Cette Université islamique a été fondée au 17éme siècle par Xaali Amar Faal qui a été un précurseur dans l'enseignement religieux en Afrique de l'Ouest. De sang royal, Xaali Amar Faal a fait ses classes dans le Fuuta et la Mauritanie où il décroche le titre de docteur en sciences religieuses. Son retour au Cayor est le fruit d'un vœu de vulgariser les enseignements coraniques et les sciences arabo-islamiques. Il s'installa à Saniaxoor, à Pire près de Tivaouane sous le parrainage de son cousin Maxureeja jojo (Madiodio 1er) alors Damel.</p><p> </p><p> </p><p><strong>DISPARITION : CE QUI S’EST RÉELLEMENT PASSÉ !</strong></p><p> </p><p>Dans la 2e partie du XIXe siècle subsistent encore des poches de résistance dont le plus populaire était celui du Cayor mené par son jeune Damel Lat-Dior lui valant le titre de héros national. En effet, jeune prince et fraichement converti à l'islam, Lat-Dior s'est accordé les faveurs des marabouts, religieux et maitres coraniques qui étaient l'incarnation de la sainteté face à l'envahisseur qui n'inspirait que peur et ne laissait derrière lui que désolation durant ces premières heures de la colonisation.</p><p> </p><p>C'est ainsi en 1869, dans un climat très hostile où guérillas et embuscades vont bon train, que l'Université de PIRE sera la cible de Valière (gouverneur de l'Afrique Occidental Française) lors d'un raid. Ce dernier serait motivé par l'opprobre estimé envers Valière qui venait de poser ses valises à St Louis et dont l'autorité se devait encore d'être imposée. Il s'agissait du soutien du Serigne de Pire (recteur de l'Université de l’époque) Boubacar Penda Yéri au nouveau roi du Cayor, Lat-Dior Diop Ngoné Latyr. Comme dommage collatéral (ou une pierre deux coups), l'Université de Pire avec sa bibliothèque qui en constitue l'âme, la source intarissable sera dévorée par les flammes colonisatrices jusqu'à la dernière tablette en bois servant de support d'apprentissage aux étudiants. Une autre version rapporte l'avant-gardisme de Boubacar Penda Yéri qui a vu l'imminence de la catastrophe en songe et a pris la précaution d'enterrer toutes les ressources précieuses que renfermait la bibliothèque avant l'arrivée des troupes françaises.</p><p> </p><p>Il y a 4 siècles, l'importance de l'Université de PIRE était si évidente que nous ne pouvions pas nous empêcher de penser que la bibliothèque de pire n'a pas échappé à la technique de la Table rase. En effet, l'assimilation culturelle faisait partie intégrante des objectifs majeurs des colons et cela passait par l'affaiblissement de la culture indigène trouvée sur place. La destruction de patrimoines culturels matériels en situation de conflits n'était pas un phénomène isolé car le plus célèbre cas étant la bibliothèque d'Alexandrie en Égypte qui a brûlé durant le début de notre ère.</p><p> </p><p> </p><p><strong>IMPORTANCE</strong></p><p> </p><p> Au vu de toutes les informations relatées ci-dessus, nous pouvons affirmer avec conviction que l'Université de PIRE était d'une importance incommensurable tant sur le plan historique, stratégique et religieux à l'échelle du continent africain. Sans nul doute, l'Université bénéficiait d'une telle aura auprès de la population autochtone à l'époque que les colonisateurs dans le but de marquer les esprits et d'instaurer la psychose s'en sont pris à ce bijou en avance sur son temps.</p><p> </p><p>Des noms les plus illustres dont les descendants ont également fait l'histoire de cette contrée, ont fait leurs humanités auprès de Xaali Amar Faal et de ses héritiers qui ont fini par dresser un temple du savoir de niveau magistral. Ils ont pu bénéficier d’enseignements dans les domaines des exégèses coranique, du droit, de la logique, de l’astrologie, etc. Comme disciples, nous pouvons citer Maalik Si 1ér fondateur de la théocratie du Bundu, l’Almamy Abdel kader Kane du Fuuta, El hadj Omar Tall et Maba Jaxu Ba Almamy du Rip en passant par Mataar ndumbe Diop fondateur du Foyer de Kokki, ami et condisciple de Maam Maaram Mbakke…</p><p> </p><p> </p><p><strong>DEVOIRS DE MÉMOIRES</strong></p><p> </p><p>Nos propres archives inaccessibles au grand public sénégalais est la règle dans ce pays. Cela est en partie dû au fait que le système éducatif accorde plus d'importance à l'histoire étrangère en lieu et place de celle autochtone. Néanmoins, la Grande Mosquée de Pire et le mausolée Xaali Amar Faal figurent sur la liste des sites et monuments historiques, ce qui participe à la sauvegarde de ces légendes. Également, des journalistes souvent exposés au petit écran contribuent à la popularisation de ces faits et lieux historiques. Nous pensons notamment à ce brillant jeune journaliste répondant au nom de Pape Djibril Fall dont ses nombreuses références en rapport à l'Université de Pire nous ont poussé à écrire cet article.</p><p> </p><p>Le dressage de ce tableau assez peu luisant de l'état de conservation et de transmission de notre histoire ne serait qu'en droite ligne avec la question de l'inexistence de notre bibliothèque nationale 62 ans après notre indépendance. Et cette conclusion nous mène indubitablement à la seule initiative capable de corriger ce véritable affront à l'égard de notre histoire, qui est de nommer notre future bibliothèque nationale après l'illustre Xaali Amar Faal de Pire (le nom d'un amphi l'UCAD ne suffit pas).</p>